03 avril 2018

Certaines n'avaient jamais vu la mer....



Puissant roman polyphonique que Certaines d'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka!

Les voix sont celles de ces japonaises qui ont été mariées à distance avec des hommes vivants sur le sol américain au vingtième siècle, avant la seconde guerre mondiale... et qui ont traversé les océans pour se retrouver à travailler la terre, à être servantes quand ce n'est pas pire.

Nous sommes face à un chœur, à ces témoignages collectifs de l'exil. Toutes leurs histoires s'entremêlent: toutes leurs nuits de noce, toutes leurs grossesses, toutes leurs peurs,...

Qu'il est rare et précieux ce "nous", ce collectif de femmes.

Un roman pour mieux comprendre l'histoire du Japon, la migration, et ce sujet tabou que fut celui des émigrés japonais pendant la seconde guerre mondiale sur le sol américain.

Un livre résolument Au féminin, qui parle d'humiliation, d'oppression et de petites lueurs d'espoirs infimes.

Un roman qui se lit d'une traite, intense et resserré.

Merci à Céline pour la recommandation!






09 mars 2018

Euphoria



Une plongée dans la Nouvelle Guinée des tribus, sur les berges du fleuve Sepik en 1933, c'est ce que nous propose Euphoria de Lily King. On y retrouve trois jeunes et brillants anthropologues qui sont en train de faire naître la discipline, de publier les premières analyses sur les rites, le rapport au corps, etc.

C'est un roman sur Margaret Mead, qui a osé publier sur la vie sexuelle des indigènes à un moment où la société occidentale était pleine de tabous. On y retrouve ses passions, ses désirs, ses amours. Alors oui c'est une fiction, les noms sont différents mais c'est vraiment très bien documenté et on ne s'y trompe pas, ça parle bien de ces vies là qui ont changé la façon de concevoir l'observation des cultures.

Un roman envoûtant, tellement humain, qui souligne les liens ténus entre les chercheurs et leurs sujets de recherche.

Un livre où se mêlent deux voix: celle de Bankson, qui admire son couple d'amis Fen et Nell, tout en tombant amoureux de Nell... et celle de Nell à travers des extraits de son journal intime.

C'est un roman sur la liberté et ses limites, une grande histoire d'amour, une exploration du vivre ensemble.




04 mars 2018

Six degrés de liberté



Un roman à l'accent québécois très original : Six degrés de liberté de Nicolas Dickner.

C'est l'histoire de deux ado, Lisa et Eric, qui vivent dans un coin plutôt perdu du Canada et désirent repousser les limites de leur vie, en faisant des expériences, comme celle de lancer un ballon dans la stratosphère! C'est aussi l'histoire d'une fille issue de la mafia qu'on appellera Jay et à qui on a proposé plutôt que de la prison de travailler comme employée de la gendarmerie! C'est aussi l'histoire d'un conteneur fantôme qui passe de pays en pays, de port en port, hors des écrans radars... et que Jay traque.

Et on se doute bien dès le début que tout ça est connecté dans un monde globalisé... mais je ne vous en dis pas plus!

Un roman sur le cyberespace, sur la frontière et les passagers clandestins! Un roman qui nous fait entrer dans les coulisses de notre économie, avec tous les conteneurs qui nous livrent des meubles, des pommes, etc. Et des milliers circulent en permanence dans nos océans! 

Un roman qui nous montre aussi l'importance des poubelles, des vieilleries et des traces qu'on laisse, à côté même de la civilisation Ikéa du remplacement permanent. 

Un roman qui s'amuse de nos acronymes, et de la place qu'ils tiennent ou pas dans nos interactions sociales.

Un roman sur la liberté! Ce qu'on peut faire pour garder du sens et de la poésie dans son existence.

Jay ou Lisa  ne sont pas sans rappeler Lisbeth Salander dans Millenium. On trouve vraiment un côté polar dans le récit, qui est très subtilement synchronisé entre les différentes vies des personnages. 

Ce roman a remporté le prestigieux prix Canadien du gouverneur général en 2015.

Un livre à conseiller à tous ceux qui aiment le lien entre objet technique et scientifique et rêverie poétique!

Un roman pour ceux qui aiment des personnages attachants, un peu perdus et pourtant plein d'imaginations!

Merci Anouck pour la découverte!










18 février 2018

Le musée des merveilles



Ben, un ado réservé, se retrouve orphelin au décès de sa mère.N'ayant jamais connu son père, il est confié à la famille de cette dernière, auprès de laquelle il se sent assez seul. Une nuit d'orage, il retourne en douce dans sa maison, pour tenter de recueillir des informations sur sa mère, et de retrouver des traces de son bonheur perdu. C'est alors que tout bascule... La foudre tombe sur la maison et fait perdre en partie l'audition à Ben... au moment où il avait enfin trouvé une piste qui le conduisait jusqu'à New York pour retrouver son père...

Parallèlement, on suite Rose, qui vit cinquante ans plus tôt, en 1927, à New York et qui est une enfant sourde, dont les parents ont décidé qu'il était trop dangereux qu'elle sorte en ville seule. Celle-ci fugue pour aller au cinéma, ou pour retrouver son frère qui travaille dans un musée...

Les deux histoires se suivent en parallèle, celle de Ben écrite et celle de Rose dessinée en noir et blanc, ce qui rend le livre vraiment unique. La surdité des personnages se prêtent bien à la lecture de dessins silencieux je trouve.

Et comme vous vous en doutez, peu à peu des liens vont apparaître entre les deux histoires.... pour n'en faire qu'une!

C'est un magnifique roman d'apprentissage, qui est une ode à l'autonomie, au musée, à la collection, à New York et à la créativité.

A la fin du livre, Brian Selznick nous raconte tout ce qui lui a permis de l'écrire, toutes les rencontres, découvertes, lieux, et on réalise que tout est très documenté. Ça rend encore le livre plus beau de pouvoir se rendre compte du voyage qu'a fait l'auteur pour le réaliser.

Un livre à offrir pour sa forme et pour la beauté de l'histoire. Les personnages sont émouvants, attachants et le livre se lit tout seul.

Un roman sur la culture des personnes mal entendantes, sur l'histoire de l'éducation des enfants sourds à travers les générations.

Un roman sur les origines, les filiations, les héritages, la transmission.

Apparemment, le livre était sorti une première fois en français sous le titre Black Out, puis il est ressorti sous le nom Le musée des merveilles, au moment où le film qui en est tiré est sorti en France.

17 février 2018

Aucun de nous ne reviendra



Une comète que ce livre: Tome 1 Aucun de nous ne reviendra de Charlotte Delbo.

Une écriture sublime pour raconter le pire: Auschwitz.

L'écriture ou la vie m'avait marqué à jamais. Aucun de nous ne reviendra aussi.

Autour de scènes du quotidien qui n'en est pas un, Charlotte Delbo nous replonge dans l'horreur du nazisme et des camps, par flash qui se succèdent tous aussi insoutenables les uns que les autres. Elle y montre la déshumanisation totale de ces femmes de partout en Europe. Elle fait très bien ressentir comme il en devient difficile de rester dans la vie, l'espoir, quand tout est décharnement, non sens, épuisement, petites et grandes humiliations.

Ces instantanés du souvenir s'encrent à jamais en nous, comme le parallèle qu'elle fait entre des mannequins de boutique et le transport des corps humains défaits et désarticulés à l'extrême. Ou encore la description de la soif... mise en mot avec une telle force. Les solidarités aussi: une femme qui en cache une autre pour qu'elle puisse pleurer.

Une des écritures les plus fortes qu'il est donné de lire...

Presque impossible à chroniquer ici, tant c'est une écriture de l'absolu!

A lire tout simplement.

Merci Marie pour le conseil de lecture!


16 février 2018

Songe à la douceur



Un roman dont rien que le titre fait du bien! J'ai dévoré d'une traite, et j'en suis sortie avec une certaine nostalgie!

Magnifique histoire d'amour entre Tatjana et Eugène. Lorsqu'ils se rencontrent, c'est l'été, elle a quatorze ans et lui dix-sept... Lorsqu'ils se re-rencontrent par hasard, dans le métro, c'est dix ans plus tard, à la station BNF... Que c'est doux, que c'est bon....

Tout le récit est inspiré d'Eugène Ounéguine de Pouchkine, tout est en vers.  J'aime beaucoup le flot et le rythme des mots, le dessin des pages, le lyrisme. Ça se lit presque trop vite!

J'ai trouvé intéressant la figure de la narratrice omnisciente. L'humour ou l'ironie que cela permet. C'est bien vu.

Clémentine Beauvais ancre très bien son roman dans notre époque, avec le rôle du net, de skype, de Google ou Facebook. On s'y retrouve! On s'en amuse.

J'aime beaucoup la B.O. du roman (liste de musiques qui figure au tout début).

Bref un roman pour oser avoir le cœur battant, en cette semaine de Saint Valentin!

Un livre qui donne envie de vivre intensément et qui plaira aux romantiques, à ceux qui gardent de la douceur en eux.

Un roman sur l'adolescence, les premiers émois, la rencontre.

Un objet textuel à offrir à ses amies pour une lecture de printemps! Une petite merveille!

Merci à Croquelinottes, ça fait du bien de découvrir des livres qui vont au bout de leur projet!

Songe à la douceur a eu le prix Libraires en Seine et La voix des bloggeurs. C'est mérité!


03 février 2018

La journée de la vierge



Un premier roman chez l'Olivier, qui est un peu un Sex and the city mais à Paris, sous la plume d'une khâgneuse à la plume fine,  Julie Marx: La journée de la vierge.

Notre narratrice a décidé de rester à Paris en ce 15 Août, pour apprivoiser sa solitude. Enfin elle n'est pas vraiment seule: il y a Beethoven, sa plante verte qui ne se porte pas au mieux; il y a aussi sa voisine suicidaire... et il y a surtout toute une galerie de personnages qui font sourire!

Julie a le sens de l'anecdote et du détail, le sens de l'ironie aussi. Certaines scènes sont très cinématographiques!

J'aime tout particulièrement comment elle matérialise les gestes de la célibataire: se gratter le dos contre un mur, car personne à qui demander... Entre autres!

J'ai été intéressée aussi par le fait que chacun des personnages trouve une clé, une posture, face à la solitude, un peu comme dans La condition humaine de Malraux, chacun des personnages trouve un sens à sa vie à sa façon.

Evidemment il y a aussi un jeune homme sur le chemin, et ce qu'il faut de suspense!

Il y a enfin une réflexion sur les auto-entrepreneurs ou free lancers, les solitaires abandonnés du capitalisme?

Un roman à offrir à ses copines ou sœurs célibataires!

Un livre qui peut se lire d'une traite ou par chapitre, le soir, un peu comme on regarderait un épisode d'une série girly!

Merci à Julie pour son sens de l'observation tragique et drôle, pour son analyse de ce que le vide affectif en métropole surpeuplée de touristes peu donner et pour cette chouette signature à Libralire jeudi soir dernier.